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Crédits : Amandine Leblond Voir plus

Reportage

Le Beverley

Dernier cinéma porno de Paris

Coquin
2e arrondissement Beverley érotique Insolite Opéra/Grands Boulevards salle de cinéma
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Par : Forum des images

On vous donne rendez-vous au métro Bonne Nouvelle. En effet, non loin du prestigieux Grand Rex se trouve un autre vestige de la cinéphilie parisienne. Car le Beverley est le dernier cinéma pornographique encore en activité dans Paris. C’est donc ici, à quelques pas du restaurant La Criée (spécialisé dans les poissons et les fruits de mer, mauvais esprits s’abstenir), que cette petite salle – cette institution ? – mène chaque jour sa lutte pour survivre.

 

Sur les lieux, notre photographe a donc pu apprécier le quotidien de l’établissement et de son charismatique propriétaire, mais aussi le va-et-vient discret des spectateurs. Et on est finalement bien loin de ce que l’on pourrait imaginer. Bref, le plus simple, c’est encore de suivre le guide !

Fondé en 1970, initialement pour remplacer le Bikini, Le Beverley fait effectivement figure d’exception dans le paysage cinématographique parisien. Avec sa très discrète devanture, il ne paie pourtant pas de mine. Et pourtant ! Le dernier cinéma pornographique encore en activité dans la capitale se cache en effet derrière un petit néon rose, dans une rue adjacente aux grands boulevards, là où le passage est moins important.

 

On y trouve une salle unique, dotée de 90 fauteuils en skaï. En revanche, ça fait longtemps que Le Beverley ne fait plus salle comble. En effet, de l’ouverture en fin de matinée jusqu’à la dernière séance, qui débute généralement aux alentours de 21h ou 22h, c’est tout au plus une petite centaine de personnes que le cinéma accueille quotidiennement. Enfin ça, c’est plutôt les bons jours. Pas de quoi s’en mettre plein les poches donc…

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Des néons, pas si racoleurs que ça

Crédits : Amandine Leblond

Ici, comme on pouvait s’y attendre, la clientèle est majoritairement masculine. Ce qui n’empêche néanmoins pas de voir quelques fois des femmes pousser les portes de l’établissement. Car oui monsieur, oui madame, tout le monde a le droit de regarder un porno !

Toutefois, n’allez pas croire qu’il n’y ait que le sexe qui prime au Beverley. Bien au contraire : ici, c’est l’idée même de se réunir pour voir un film de cul qui est importante. Aussi, la venue des spectateurs est le résultat d’une démarche. On est donc loin de la simple consommation gratuite et bas de gamme comme sur Internet ! De fait, on se rapproche même de ce qui se trame dans n’importe quelle autre salle, si tant est que l’on excepte le « contenu ».

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Demandez le programme !

Crédits : Amandine Leblond

Il règne par conséquent au Beverley une ambiance, une atmosphère qui participe au charme des lieux. D’autant plus que côté spectateurs, la rigueur est de mise. On n’est pas dans l’exhibitionnisme, mais avec des connaisseurs. Ce qui explique par exemple les paquets de mouchoirs en papier vendus pour quelques centimes d’euros en caisse…

Du cul, oui, mais du cul de qualité, s’il vous plaît ! Là encore, Le Beverley se distingue du Web. D’ailleurs, si ce n’est pas clair, les vieilles affiches qui accueillent les spectateurs à l’entrée, et aux titres très évocateurs, donnent le ton. Et cela va des relativement softs comme Angela et ses amies ou bien encore Cecilia, aux plus prononcés comme par exemple Hélène crie quand elle jouit, sans oublier aussi Fessées coquines.

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Dans la cabine de projection du Beverley

Crédits : Amandine Leblond

Crédits : Reuters / Christian Hartmann

Maurice Laroche, propriétaire du Beverley, dans la cabine de projection

Crédits : Reuters / Christian Hartmann

Ici, John Love et Brigitte Lahaie sont toujours à l’honneur. La programmation a même comme un petit côté engagé tout à fait loubale : le numérique, que nenni ! Fort de sa singularité, Le Beverley est un lieu pour le moins atypique qui fait de la résistance. Parce que dans cet ultime temple parisien du film de fesses, la pellicule reste de mise. Le cinéma propose donc à ses spectateurs une programmation qui fleure bon les années 70-80 : l’âge d’or ! Un parti pris revendiqué haut et fort : de fait, le crado n’a pas sa place. Du cul-te, sinon rien d’autre : à l’affiche donc, deux films différents chaque semaine, d’Emmanuelle à L’arrière-train sifflera trois fois, en passant par Si mon C. vous était conté.

Crédits : RelaxNews / AFP PHOTO / Stéphane de Sakutin
Crédits : AFP / Stéphane de Sakutin

A l'intérieur du cinéma X « Le Beverley », le 15 juillet 2014

Crédits : AFP / Stéphane de Sakutin

Comme la plupart des autres établissements cinématographiques, Le Beverley propose également de « l’évènementiel » : des soirées thématiques en premier lieu (soirée « épouses exhibées en collant » ou soirée « couple recherche son +1 »), mais aussi des lectures de poésies coquines. Sans compter que le cinéma a même lancé son premier Festival de Film Amateur !

Il ne faut cependant pas se leurrer : Le Beverley est en danger. Malgré son caractère insolite, il ne fait clairement pas le poids face à la concurrence d’Internet. En caisse, lui aussi fait de la résistance : c’est Maurice Laroche, le souriant gérant qui, après dix ans de bons et loyaux services auprès de l’ancien patron, a racheté l’établissement en 1992. À cette époque, la salle était en ruines et a eu depuis droit a un bon relifting.

 

Depuis toutes ces années, bien conscient de proposer quelque chose de spécial, il reste fidèle au poste, et ce en dépit d’un contexte de crise évident. La loi X de 1975 promue sous Valéry Giscard d’Estaing est passée par là : sous couvert de protéger les bonnes mœurs, elle décida de couper radicalement les vivres à ce genre d’établissements et de rajouter des taxes supplémentaires sur les films à caractère pornographique. Enfin, la vidéo puis Internet ont fini de porter le coup de grâce, alors que les prétendues bonnes mœurs se sont depuis rabattues sur YouPorn.

 

Alors pour continuer à avoir le droit d’exister, Maurice Laroche paie son dû au CNC. Mais son amertume ne vient pas que de là : il tacle d’ailleurs volontiers tous ces hypocrites patrons de la rue Saint-Denis et de Pigalle qui font la promotion de leurs activités sous l’enseigne de sex-shops (et auxquels le CNC ne prête pas attention), mais propose en réalité le même type de service que lui.

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Fidèle au poste, Maurice Laroche tient toujours boutique

Crédits : Amandine Leblond

Aujourd’hui donc, les établissements de caractère comme Le Beverley ne sont plus seulement une espèce en voie de disparition, mais bel et bien en voie d’extinction. On ne saurait par conséquent que trop vous conseiller d’aller y faire tour avant qu’il ne soit trop tard.

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Crédits : Amandine Leblond

Quoi ? ▪  Cinéma Le Beverley

Où ? ▪ 14, rue de la Ville Neuve (2ème)

Quand ? ▪ à partir de 11h

C’est combien ? ▪ 12 euros

Bon à savoir▪ interdit aux moins de 16 ans

Toutes les infos ici et au 01.40.26.00.69