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La Dérobade, Daniel Duval (1979) Crédits : René Chateau Vidéo Voir plus

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Putain(s) de capitale

Paris et la prostitution

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Par : Forum des images

Ce que je veux de toi, Paris / Ce que je veux, ce sont tes femmes / Ni bourgeoises, ni grandes dames / Mais les autres… l’on m’a compris / Du plaisir à perdre haleine / Oui, voilà la vie parisienne !

Voilà comment s‘achève le premier acte de l’opéra bouffe d’Offenbach La Vie parisienne (1866). Paris, capitale de l’amour, bordel de l’Europe ? Une sacrée réputation qui ne date pas d’hier. Que l’on parle d’établissements ou de prostitution de rue, la géographie du sexe dans Paris est à la fois issue de sa longue histoire et d’une modernité propre à la capitale.

 

Autrefois, les bordels de la Rive Gauche se situaient aux alentours du Quartier Latin et de Saint-Germain, avant d’être excentrés vers Montparnasse autour des années 1920-1930. De l’autre côté de la Seine, les abords du Palais-Royal étaient de renommée historique. De manière générale, l’implantation de la prostitution était étroitement liée à celle des autres lieux de divertissements, où l’on passait du bon temps avant d’aller voir ces dames : dancings, cabarets, bals, bars, music-halls… Oui, mais.

Il importe de cacher la mort autant que le sexe, la chair en décomposition autant que la chair objet de désir

Alexandre Parent-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris, 1836

Car il y a un « mais ». Les mœurs n’ont peut-être pas fondamentalement changé, mais la morale que l’on revendique si. La loi elle aussi s’est considérablement durcie. Petit à petit, les lieux de « plaisirs » ont été rejetés hors de la ville, vers les quartiers périphériques.

Montmartre et Pigalle : Les Indétrônables

Le monde de la prostitution dans les années 1930 à Pigalle

Crédits : Monsieur X

Autrefois reconnus pour leurs cabarets et cercles de jeux, aujourd’hui pour leurs sex-shops, boîte échangistes et leur vie nocturne animée, les quartiers de Montmartre et de Pigalle jouissent, depuis la Belle Époque, d’une aura sulfureuse.

Pigalle ne se visite pas. Il n’y a rien à voir. C’est un quartier comme les autres. Quelques façades de bars en plus, les monuments en moins et une réputation du tonnerre. On ne montre pas Pigalle aux touristes. On veut leur montrer l’âme de Pigalle. Et l’âme est invisible. Elle a une odeur.

René Fallet, Pigalle (1949)

Annexée par Haussmann en 1860, la Butte Montmartre surplombe la capitale. Depuis toujours, elle laisse croître dans ses rues un entre-deux énigmatique qui fait son succès. Artistique et populaire, fiévreuse et tortueuse, poétique et hors du temps… la Butte rayonne et inspire grâce à son aura chargée de mystères.

Crédits : Museo Nacional Centre de Arte Reina

Fille de joie au billard russe, boulevard Rochechouart, Montmartre, 1932 - Brassaï

Crédits : Museo Nacional Centre de Arte Reina

Avant 1945, dans la lignée des romans naturalistes, beaucoup de films sur la prostitution baignent dans le mélodrame et le larmoyant. Chaque jeune femme tombée dans le milieu vivait sa situation comme une Fatalité : dans cet univers dominé par le péché, le trottoir symbolisait la déchéance, et lui échapper devenait une affaire de rédemption.

 

Dans le Montmartre des années 1930, Raymond Bernard retrace avec Faubourg Montmartre la sombre existence de deux jeunes sœurs dont l’une cherchait à dévergonder l’autre dans les lieux de fête. Un projet risqué qui fait perdre son travail à l’une tandis que la seconde sombre dans la prostitution et la toxicomanie. Heureusement, pour les jeunes filles sages, l’amour veille et offre toujours une seconde chance. Entre manichéisme et idéalisation, Raymond Bernard signe une œuvre mélodramatique caractéristique du cinéma français de l’époque.

Crédits : Pathé Nathan

Faubourg Montmartre, réalisé par Raymond Bernard, 1931

Crédits : Pathé Nathan

Dans tous les esprits, grâce à un imaginaire ancien et tenace, Pigalle est un lieu de perdition. Spectacles affriolants, sensations érotiques exacerbées, femmes à demi-nues prêtes à s’offrir … autant d’images que le cinéma prend plaisir à réutiliser. En rupture avec la tradition mélodramatique des années 1930, le pessimisme gagne du terrain après la guerre : la solitude des personnages se fait plus prégnante, les rapports sociaux deviennent plus complexes. Pour les réalisateurs, le thème de la prostitution devient un moyen de parler de la société.

Crédits : Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Adam Rzepka

Le Pigall's, American Bar Pigalle, Boulevard de Clichy, vers 1930-1932 – Brassaï

Crédits : Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Adam Rzepka

Unies par une complicité à toute épreuve, deux chanteuses de cabaret (Bernadette Lafont, Catherine Deneuve) se prostituent pour s’offrir une autre vie. C’est Zig Zig, de Laszlo Szabo (1974). Entre la rue Ravignan, les Abbesses et les cabarets de Pigalle, elles choisissent de s’enfoncer encore plus dans le marécage pour tenter d’en sortir définitivement.

 

Au beau milieu des prostituées défraîchies et des clients, des clochards et des ratés, elles apprendront à leurs dépens qu’elles ne peuvent échapper à ce monde malsain, qu’elles en font partie intégrante. Qu’il ne s’agit pas de fuir le milieu, mais de le faire changer.

Zig Zig, Laszlo Szabo (1974)

Les différentes révoltes des prostituées françaises au cours des années 1970 n’ont pas fait évoluer la situation des filles. Elles ont toutefois eu le mérite de mettre un coup de pied dans les représentations du milieu.

Plus crues, plus réalistes, dépouillées des faux semblants, elles entendent révéler au grand public les conditions de vie et d’exercice des femmes qui exercent la prostitution.

 

La Chinoise (Godard, 1967), Le Protecteur (Hanin, 1974) : à plusieurs reprises, Juliet Berto a campé des rôles de prostituées. Avec Neige, elle signe une radiographie du monde de la nuit sans fioriture et sans jugement. Loin du plaidoyer autour d’un sujet social pour le moins brûlant, Neige scrute les personnages et les lieux et en extrait l’essence pour tenter de mieux les comprendre.

Neige, Juliet Berto et Jean-Henri Roger (1981)

Fille dans un hôtel de passe, rue Quincampoix, vers 1932 - Brassaï

Crédits : RMN-Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi - Estate Brassaï - RMN-Grand Palais

Les étals de marchandises qui s’y déversent depuis des siècles ont valu au quartier des Halles les surnoms de « poumon » ou de « ventre de Paris ». Mais derrière la ruche se cache un tout autre visage, une réputation sulfureuse à laquelle ont contribué les nombreuses maisons de plaisirs qui y ont ouvert boutique depuis le XVIIe siècle. Et que les asphalteuses ont entériné depuis. Tantôt « clitoris de Paris », tantôt « Champs-Elysées du sexe », les Halles réunissent à toute heure du jour et de la nuit tapineuses, travailleurs et riverains, maquereaux et clients habitués. Focus sur les « rues foutrassières » du cœur de Paris.

Le ventre de Paris était aussi un peu son bas-ventre

Brassaï

Immortalisé par des personnages hauts en couleurs qui s’affichent fièrement et sans aucune retenue, le quartier des Halles constitue une sorte de cliché de ce qu’on appelait « l’authentique prostitution parisienne ». Les filles y ont bon mais fort caractère et paraissent plutôt bien s’accommoder de leur situation.

Prostituées de la rue Saint-Denis, vers 1960

Prostituées de la rue Saint-Denis, vers 1960

Au cœur des Halles aux couleurs délicieusement vives et excessives, reconstituées en studio par Alexandre Trauner, Shirley Maclaine prête ses traits à une petite prostituée espiègle de la rue Saint-Denis. Dans un Paris doux et fantaisiste, Irma séduit par sa grâce mutine. Une comédie tendre, résolument drôle, qui perpétue tout en légèreté le mythe de la « prostituée de mère en fille » heureuse d’entretenir son homme. Dans les coulisses des studios Hollywoodiens, on murmurait que Shirley Maclaine était en personne venue travailler son rôle auprès des prostituées parisiennes…

Dans Paris vu par… Rue Saint-Denis, signé Jean-Daniel Pollet (1965), Léon, un timide jeune homme (Claude Melki), croise la route d’une prostituée au caractère bien trempé (Micheline Dax), rue Saint-Denis, où elle officie. Il la conduit dans le petit hôtel miteux où il loge. Face à un héros chétif, figure récurrente du client peu dégourdi qui espère gagner en assurance auprès de professionnelles, le tempérament de Micheline Dax fait mouche.

 

Dans le décor minable de cet hôtel de seconde, le franc-parler de la prostituée légèrement décrépie en fait une caricature sympathique de l’asphalteuse racoleuse qui n’a pas l’intention de se laisser faire par la gent masculine.

Crédits : Rue des Archives / AGIP

Le Trou des Halles au début des années 1970, pendant les travaux de réhabilitation

Crédits : Rue des Archives / AGIP

Durant les années 1970, la démolition des Halles Baltard pour créer la gare souterraine du RER laisse apparaitre un immense trou à ciel ouvert, bientôt recouvert par le nouveau Forum des Halles.

 

Une période d’intenses transformations qui fascine les Parisiens, intrigués par cette ville qui se répand et se vit aussi bien en surface que sous terre. Les couleurs et les néons hypnotisent, le Ventre de Paris s’affirme comme un monstre en puissance : la généreuse petite prostituée n’a plus vraiment sa place.

C’est ce quartier que Walerian Borowczyk décide de mettre en toile de fond de son « porno-soft » La Marge (1976), qui suit l’escapade érotique d’un provincial aux côtés d’une prostituée des Halles (Sylvia Kristel). Métro, souterrains, chantiers, miteux hôtels de passe : dans ce paysage nu et déconstruit, plus rien ne semble réel. Sylvia Kristel semble tout droit sortie des entrailles des Halles. Telle un fantôme, la mystérieuse créature entraîne son amant et le film aux frontières de l’onirisme : la fusion charnelle des deux amants égale alors le mystère qui plane autour de cette belle inconnue.

Le boulevards Sébastopol et les Grands Boulevards, avec leurs lignes de trottoirs, sont durs comme les pierres quand on les a suivis trop longtemps. Nulle part, on ne rencontre une rue de charité.

Charles-Louis Philippe, Bubu de Montparnasse (1901)

L’émergence de la ville moderne avec les travaux du Baron Haussmann a complètement modifié l’espace public parisien : les boulevards intérieurs en particulier se sont transformés en de vastes lieux de loisirs, de flânerie et de détente pour l’ensemble des habitants, de même qu’une gigantesque zone de racolage.

Aménagements urbains, développement de l’éclairage au gaz… les prostituées prennent très largement possession du nouvel espace urbain de la fin du XIXe siècle, au détriment du vieux Paris. À tel point que de nombreux habitants de l’époque ont cru à une invasion !

Librement adapté du roman de Charles-Louis Philippe, le Bubu de Montparnasse de Mauro Bolognini (1971) dresse le portrait d’une femme pleine d’illusions vendue sans gêne par l’homme qu’elle aime sur les Grands Boulevards.

 

Amoureuse de l’un de ses clients, Berta déambule dans les rues du nouveau Paris : un véritable tableau en mouvement sublimé par les couleurs aquarelles, hommage à l’impressionnisme. Mais après avoir accepté la prostitution avec légèreté, Berta contracte la syphilis. Reconstituant le Paris d’Haussmann, Mauro Bolognini signe une fidèle reconstitution du quotidien des prostituées de 1900.

Bubu de Montparnasse, Mauro Bolognini (1971)

Au fil du XXe siècle et avec la répression de leurs activités, ces dames se sont tout de même progressivement rapatriées aux alentours des petits studios « équipés » (comprendre une chambre de bonne équipée, mais ni cuisine, ni salle de bains) ou près des hôtels de passe, avec les patrons desquels elles passent quelques accords douteux. Aux pieds des immeubles, elles enchaînent les cigarettes, essuient – et répondent souvent – aux insultes et regards en coin, racolent plus ou moins outrageusement la gent masculine. Rapide, pas cher, pas compliqué.

Crédits : Sr. Samolo

Prostitution

Crédits : Sr. Samolo

Loin des clichés des filles aguicheuses trouvant un certain plaisir à racoler, la misère a trouvé une place confortable sur les artères des quartiers Nord-est de la capitale. Les victimes sont des étrangères en situation irrégulière : des chinoises à Belleville, des filles venues d’Europe de l’Est à Stalingrad, des africaines à Barbès…

Crédits : Sipa-Press / ROHMER

Crédits : Sipa-Press

Les plus douillets s’abstiendront : les studios sont des taudis partagés par plusieurs occupantes, quand la passe ne se déroule pas tout simplement sous un recoin ou dans un local poubelle, l’échange se limite au plus strict minimum, à savoir un regard insistant et le paiement.

 

La situation des filles, quant à elle, est désastreuse, même pour les plus grandes gueules. Elles n’ont l’air de rien, mais elles tapinent vraiment, et ne seront remarquées que par ceux qui veulent bien leur prêter attention. Exploitées en cachette et exposées à tous les risques, leur calvaire est, aujourd’hui encore, largement invisible.

Crédits : Folamour Productions

La Marcheuse, Naël Marandin, sur la prostitution des clandestines chinoises de Belleville (2015)

Crédits : Folamour Productions

Depuis le début des années 2000, on entend de plus en plus parler des « Roumaines des Maréchaux », qui se concentrent majoritairement sur les boulevards Ney, Ornano et Macdonald, après avoir essayé de s’installer au Bois de Boulogne… en vain, renvoyées par les travestis.

 

« Les Roumaines », c’est un terme générique, elles ne le sont pas toutes. Principalement originaires de l’est, elles viennent aussi du Maghreb et sont tombées aux mains des réseaux mafieux . Ces adolescentes passent leurs nuits sous les abris de bus, les descentes de flics sont leur lot quasi quotidien.

Crédits : Paul Delort / Le Figaro

Une prostituée sur les boulevards des Maréchaux à Paris

Crédits : Paul Delort / Le Figaro

À dix-huit ans, Laurence arpente quotidiennement le bitume du Boulevard Ney, non loin de la Porte de la Chapelle. C’est dans Vies de toxicos, de Marie Roche (1995). Sa quête incessante du client n’a qu’un seul but : amasser l’argent suffisant pour se payer sa prochaine dose de crack. Le cercle vicieux recommence sans fin : elles sont des dizaines dans la même situation. Beaucoup sont séropositives, mais il est impossible de savoir si elles ont contracté le virus en se droguant ou en se prostituant. À la nuit tombée, ces fantômes peuplent les trottoirs et les parkings proches des Maréchaux dans un ballet grisant.

Au Bois de Boulogne. Photo de la série Pleasure Places.

Crédits : Elodie Chrisment / Hans Lucas

Certains espaces aux frontières de la capitale sont devenus des vrais pôles pour le commerce sexuel. Mais contrairement au centre de la capitale, les bois (Boulogne, Vincennes), les portes (Dauphine, Bagnolet), le périph’ (Maréchaux Sud) concentrent des prostitutions généralement plus récentes, mais aussi plus précaires, isolées et violentes.

Pas d’injures à ces malheureuses que vous coudoyez le soir dans la rue. Souvenez-vous que la plupart ont été livrées à la prostitution par la faim et se sont laissées tomber dans le ruisseau pour ne pas se jeter à la rivière.

Victor Hugo, Post-scriptum de ma vie, 1901

Crédits : Franck Horvat

En1956 au Bois de Boulogne, la prostitution était encore féminine

Crédits : Franck Horvat

Au Bois de Boulogne, les prostitué.e.s sont majoritairement des hommes, des travestis et des transsexuels, la Porte Dauphine étant considérée comme le plus haut lieu de prostitution masculine dans et autour de Paris. Ici, le troisième genre tapine avec ses échasses et son maquillage outrancier, au milieu des préservatifs usagés et des seringues. Souvent en provenance d’Amérique du Sud, ces prostitués sont les premières cibles des flics de la capitale. Ici, derrière un buisson, la fellation s’obtient pour une bouchée de pain…

Les travestis pleurent aussi, Sebastiano Ayala Valva (2006)

Pour Les travestis pleurent aussi (2006), le documentariste Sebastiano Ayala Valva a suivi pendant près de trois ans le quotidien de travestis parisiens originaires d’Équateur. Captant toutes leurs émotions, souvent contradictoires, sa caméra navigue de la place de Clichy au Bois de Boulogne. Leurs corps ne sont plus tout à fait masculins, pas encore totalement féminins : la culpabilité et la souffrance les rongent, mais les prostitués continuent de garder espoir.

Autre bois, autres mœurs : les filles de Vincennes ont plus de vécu, et sont donc mieux équipées : pour plus de confort, les camionnettes sont garées à droite à gauche. On retrouve ici toutes les couleurs de peau, toutes les pratiques : des « indépendantes » bien rôdées. Mères, parfois grands-mères, elles savent bien qu’elles ne changeront jamais de vie. Résignées, ces femmes mettent tout de même ce qu’elles peuvent de cœur à l’ouvrage pour s’assurer une « retraite » modeste une fois passé l’âge, et ainsi subvenir aux besoins de ceux qui comptent sur elles.

Crédits : Medhi Fedouach / AFP

Les prostituées du Bois de Vincennes oeuvrent à domicile, dans leurs camionnettes

Crédits : Medhi Fedouach / AFP

Connu pour son engagement militant depuis Mai 68, Jean-Michel Carré est à l’origine d’une série de quatre documentaires de référence : Les Trottoirs de Paris (1993), L’Enfer d’une mère (1994), Les Clients des prostituées et Les Enfants des prostituées (1995).

 

Fruit d’un intérêt véritable et des liens étroits qu’il a tissés avec les travailleuses et travailleurs sexuels, cette série propose un panorama très complet de la prostitution parisienne. Toujours respectueux, du cours de Vincennes à Boulogne en passant par Nation et la rue Saint-Denis, il donne la parole à ces femmes et ces hommes dont la société profite, mais qu’elle rejette en même temps.