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Le drapage du corsage chez Worth, Paris, 1907 Crédits : Jacques Boyer/Roger-Viollet Voir plus

Reportage

Paris

Capitale de la mode

Regards, contre-regards
Coco Chanel Costume Haute couture Inspiration Mode Yves Saint Laurent
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Par : Forum des images

Entrez dans les coulisses de l’élégance parisienne et découvrez, en un siècle d’images, le lien privilégié que la capitale entretient avec la mode.

Il n’y a pas que sur les podiums, sous le crépitement des flashes et une avalanche de paillettes, que le chic parisien s’expose aux yeux du monde entier.

Des films en costumes

D’Elena et les hommes de Jean Renoir à Ridicule de Patrice Leconte ou L’Anglaise et le duc d’Eric Rohmer, de nombreux films en costumes rappellent la longue histoire qui lie Paris à la (haute) couture.

Chapeautée, gantée, corsetée, vêtue de longues robes soyeuses, la Parisienne incarne en effet depuis plusieurs générations un modèle d’élégance, de luxe ou de frivolité, même hors de nos frontières où le chic parisien fait aussi rêver. Ce serait d’ailleurs dans ce « chic à la française » que le costumier Walter Plunkett aurait puisé son inspiration pour réaliser les robes que porte Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent (Flemming, 1939)

Les actualités cinématographiques

Dès 1910 et jusqu’à la fin des années 1970, les actualités cinématographiques, dans lesquelles de belles créatures arborent modèles et parures, constituent un véritable catalogue de la mode féminine et de son évolution. Chaque semaine, au fil des saisons, en temps de guerre comme en temps de paix, un reportage diffusé en avant-programme présentait en images aux spectateurs (et spectatrices) des salles de cinéma la dernière mode des gants et chapeaux, fourrures et maillots de bains, accessoires et robes de Paris.

Des reportages agrémentés parfois de judicieux conseils (exercice de marche théâtrale pour porter des talons hauts) ou… des rappels du législateur : un sujet des actualités Gaumont, en décembre 1913, fait état d’une ordonnance interdisant désormais le port des épingles à chapeaux sans protège-pointe !

Extrait des Actualités Gaumont : présentation de la mode féminine d'été au Bois de Boulogne

Car la mode a, de tout temps, fait d’innocentes victimes, en particulier auprès de la gent masculine qui résistait difficilement au charme de ces dames. Quelques courts métrages burlesques ont illustré cela avec beaucoup d’humour : dans Une dame vraiment bien (Louis Feuillade, Romeo Bosetti, 1908), le passage d’une jolie femme en promenade dans les rues de Paris attire tous les regards… et provoque toute une série de catastrophes. De son côté, le héros de Polycarpe inspecteur de la mode (réalisation anonyme, 1911) s’emploie, mètre en main, à contrôler la longueur des jupes de ces dames dans les rues de la capitale, afin de prévenir tout drame.

Et à la télévision ?

Autres temps, autres mœurs : un reportage télévisé de l’émission Dim, Dam, Dom reviendra cinquante ans pus tard sur ce sujet ô combien atemporel avec « De la mini à la micro ».

D’autres aspects de la mode ont été abordés dans le cadre de ce magazine télévisé des années soixante, attentif à l’air du temps : une autre mini révolution, celle de « Paris en pantalon« , le mannequin anglais « Twiggy à Paris« , la mode masculine commentée par Roland Topor (« Des hommes en fourrure« ), ou encore un défilé « Cardin Courrèges » présenté, à sa façon, par Jean Yanne…

De la mini à la micro jupe, émission Dim Dam Dom, le 12 novembre 1967 Source Ina

Entre autres perles diffusées sur le petit écran à la même époque : une visite chez « Le métallo de la mode« , Paco Rabanne, créateur des célèbres robes en métal immortalisées par Françoise Hardy ; la définition de la mode par la grande Mademoiselle (« Coco Chanel« , série Cinq colonnes à la une) ou celle d’un jeune homme de trente ans nommé Yves Saint Laurent (« Yves Saint Laurent répond à Coco Chanel« , série Dim Dam Dom)…

Et puis, la télévision, c’est aussi la publicité, bien évidemment. Et celle des collants Dim offre une parfaite image de la femme moderne, libre et séduisante, arpentant de ses grandes jambes les rues de Paris.

Virée chez les grands couturiers

Certaines adresses suffisent à elles seules à évoquer le nom prestigieux qui s’y rattache : ainsi Christian Dior, avenue Montaigne, la rue Cambon, avec mademoiselle Chanel, et bien sûr Yves Saint Laurent, 5 avenue Marceau.

Arpentez aussi en images ce Paris de la mode, d’hier et aujourd’hui, à travers de nombreux portraits, de celui d’Azzedine Alaïa, réalisé par Robert Réa, à celui de Yohji Yamamoto, réalisé par Wim Wenders (Carnet de notes sur vêtements et villes).

Parmi ces portraits : Monsieur Dior de Franck Maubert et Mathias Ledoux, John Galliano de Nigel Wattis, Concerto pour Balenciaga d’Antoine Gallien, Les folies de Fath de Pascal Franck, Jean-Paul Gaultier de Robert Réa, Cardin de Christian Mottier, Karl Lagerfeld de Pierre Desfons, Yves Saint Laurent de David Teboul, et bien-sûr Coco Chanel (Gabrielle Chanel, la permanence d’un style de Gilles Nadeau et Chanel Chanel d’Eila Hershon et Roberto Guerra)…

Balenciaga au travail dans son atelier, extrait de Concerto pour Balenciaga (en noir majeur), Antoine Gallien, 1998

Et dans les grands magasins

Mais toutes ces prestigieuses maisons ne doivent pas non plus faire oublier d’autres temples, plus démocratiques, que sont les grands magasins. Apparus au milieu du XIXe siècle, ils font aujourd’hui partie intégrante du paysage parisien et constituent, Rive Droite comme Rive Gauche, une étape obligée pour les touristes.

Outre l’adaptation du célèbre roman de Zola réalisée en 1943 par André Cayatte (Au bonheur des dames), un documentaire rappelle leur naissance (Paris au temps de Zola 1851-1878), ainsi qu’un numéro de la série L’illustration consacré au premier d’entre eux (« Le Bon marché« ), ou bien encore un reportage sur l’épouse de son fondateur, Madame Boucicaut (« Deux femmes de bien »).

Les grands magasins sont aussi à l’honneur dans un épisode du célèbre feuilleton des années soixante Les saintes chéries (« Eve et les magasins »), dans Riens du tout de Cédric Klapisch et Bienvenue au grand magasin, passionnant documentaire de Julie Bertuccelli, sans oublier une savoureuse sélection de spots chantés des Publicités Samaritaine, de 1960 à 1981.

De son côte, Maurice Pialat y a filmé La Parisienne et les magasins, un film de commande, et Simone Signoret, suivie par William Klein, s’y mêle, le temps d’un reportage (Aux grands magasins), à la foule anonyme des clientes et des employées.

William Klein, Aux grands magasins, avec Simone Signoret. 1964, ORTF. Source Ina

Costumes de couturiers

Mode et cinéma ont tissé de multiples liens : les cinéastes ont souvent fait appel à de grands couturiers pour les costumes de leurs films – comme Paul Poiret (Education de prince d’Henri Diamant-Berger), Coco Chanel (La règle du jeu de Jean Renoir), Christian Dior (La valse de Paris de Marcel Achard) -, donnant parfois naissance une relation privilégiée entre le couturier et son modèle, ainsi Yves Saint-Laurent et Catherine Deneuve (Belle de jour de Luis Bunuel), Hubert de Givenchy et Audrey Hepburn (Charade de Stanley Donen), Pierre Cardin et Jeanne Moreau (La baie des anges de Jacques Demy)…

La mode mise en scène

De nombreuses fictions ont également pris ces milieux de la mode pour sujet, s’attachant aux destinées de mannequins ou de couturiers.

Parmi de nombreux exemples, La mode rêvée, de Marcel L’Herbier (1938), dont la trame a servi de prétexte pour présenter les nouveaux modèles des grands couturiers des années 30. On peut ainsi y apercevoir des créations de Lanvin, Germaine Lecomte, Nina Ricci ou bien encore Lucien Lelong. Dans le rêve de Suzy Delair, les femmes s’échappant du tableau sont en grande partie incarnées par des mannequins de l’époque.

On peut également citer Scandale aux Champs-Elysées de Roger Blanc, On demande un mannequin de Tony Lekain, Paradis perdu d’Abel Gance et Falbalas de Jacques Becker avec Micheline Presle. Ou encore, sur un mode humoristique, Le couturier de ces dames de Jean Boyer avec Fernandel en créateur inspiré. Et puis comment oublier la comédie satirique réalisée en 1966 par William Klein (encore) : Qui êtes-vous Polly Maggoo ?

Qui êtes-vous, Polly Maggoo ?, William Klein, 1966

Regards de créateurs

Enfin, par jeu de miroir, des cinéastes se sont à leur tour confrontés, en tant que gens d’images, à cet univers de la création vestimentaire, posant comme Jean-Luc Godard (On s’est tous défilé), Wim Wenders (Carnet de notes sur vêtements et villes), William Klein (In and out of fashion) un regard extérieur – amusé, fasciné, critique ou complice – sur ce monde de la mode et sur d’autres créateurs.