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Jean-Daniel Pollet, autoportrait pour Jour après Jour, 2007 Crédits : Ex Nihilo, Pierre Grise Distribution Voir plus

Portrait

Jean-Daniel Pollet

burlesque et mélancolique

Paris vu par
Banlieues Claude Melki Décryptage Inspiration Jean-Daniel Pollet Réalisateur/trice Représentation
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Par : Forum des images

Riche et singulière, la filmographie de Jean-Daniel Pollet (1936-2004) fait souvent figure d’exception dans le paysage cinématographique français. Frère cadet de la Nouvelle vague et documentariste inventif, Jean-Daniel Pollet jouait de son talent sur les registres les plus divers.

Cinéaste poète et populaire

Son œuvre est ainsi traversée par deux tendances bien distinctes. D’une part, elle s’inscrit dans une veine extrêmement poétique, marquée par des collaborations avec Philippe Sollers ou Jean Thibaudeau, par la découverte de Francis Ponge. D’autre part, elle plonge le spectateur dans un Paris populaire, tout à la fois burlesque et mélancolique. Au cœur de ce Paris revient de manière récurrente le visage bonhomme de Claude Melki, l’acolyte, le compère, l’alter ego de l’autre côté de la caméra.

La carrière cinématographique de Jean-Daniel Pollet commence par un beau jour de 1957, alors que celui-ci erre dans les guinguettes des bords de Marne. Il tourne son premier court-métrage, Pourvu qu’on ait l’ivresse, qu’il a imaginé comme une chronique sans paroles racontant la soirée d’un garçon timide dans un bal populaire. Primé au festival de Venise et défendu par les rédacteurs des Cahiers du cinéma, ce film marque également le début d’une belle amitié.

Rencontre au bal

Un dimanche comme un autre, dans les dancings de la région parisienne, Jean-Daniel Pollet filme au hasard les danseurs qui valsent pour oublier les tracas de la semaine. Jusqu’à ce qu’un individu, un peu gauche il faut l’avouer, attire son attention et devienne le sujet à part entière de ses rushes. L’inconnu répond au nom de Claude Melki, futur compère du réalisateur. Mais ça, ni l’un ni l’autre ne le savent encore.

En visionnant les rushes, c’est un coup de foudre cinématographique immédiat qui se produit pour Pollet, face à cette petite gueule de Titi parisien qui exerçait alors dans un atelier du quartier du Sentier. Photo à l’appui, le réalisateur part à la recherche de son homme. La démarche s’avère concluante, c’est le début d’une belle aventure. Claude Melki devient Léon, personnage récurrent qui reviendra, en près de vingt ans, dans cinq films emblématiques de Pollet, tournés dans un Paris populaire.

Pourvu qu'on ait l'ivresse, Jean-Daniel Pollet (1958)

Polléon : un duo est né

Dans Pourvu que l’on ait l’ivresse (1957), Melki incarne donc un danseur gauche accumulant les déboires dans une salle de bal de banlieue. En 1962, dans Gala, c’est dans une boîte de nuit quasi-exclusivement fréquentée par une clientèle noire qu’il se retrouve. La timidité de son personnage, Léon, semble poussée à son extrême dans le troisième épisode de la série Paris vu par… (1965). Le film est tourné rue Saint-Denis, avec Micheline Dax dans le rôle d’une prostituée au franc parler caustique.

 

Puis c’est une comédie grinçante qui réunit à nouveau, en 1968, le réalisateur et son acteur fétiche, dans L’amour c’est gai, l’amour c’est triste. Devenu tailleur dans un atelier du faubourg Saint-Antoine, Léon vit tant bien que mal le manque d’amour. En 1976, L’Acrobate vient enfin clore les aventures de Léon, qui travaille désormais dans un sauna et se passionne pour le tango. Une prostituée et la vie sentimentale du clown triste sont à nouveau au cœur de l’intrigue.

Sublimer la vie des petites gens

Ce sont des figures populaires aux formes multiples qui peuplent l’univers cinématographique de Jean-Daniel Pollet. Ceux qui sont aux marges de la société s’incarnent dans ses films, et trouvent dans l’œuvre du réalisateur une représentation à l’écran à laquelle ils n’avaient encore que rarement eu droit.

 

Les origines bourgeoises de Jean-Daniel Pollet n’ont jamais été un problème car celui-ci a toujours présenté un intérêt sincère et une affection profonde pour tous ces gens qui sont ce qu’il n’est pas. Juif originaire d’Afrique du Nord, parisien d’un quartier populaire, Claude Melki est en quelque sorte l’antithèse du réalisateur : un duo tout de yin et de yang qui aura permis aux deux amis d’aller au bout de leur démarche avec une humanité et une empathie flagrantes, conférant à tous ces personnages, qu’ils soient étrangers, marginaux, extrêmement maladroits, une dignité remarquable.

En filigrane, tout au long des années 1960, l’intérêt pour le bal est resté. Pollet revient au dancing pour Gala, avec Melki toujours, mais cette fois dans un format scope impeccable. Il signe de courts sujets pour le magazine de télévision Dim Dam Dom, filmant des mariages populaires dans une auberge de banlieue (Les mariés de Robinson) et des leçons de danse de salon (Chez Georges et Rosy).

 

La guinguette, le bal, la danse : autant de leitmotivs dans la filmographie de Jean-Daniel Pollet qui auront permis au réalisateur de transcender les barrières sociales. Une douce et belle victoire, en somme.

Gala, Jean-Daniel Pollet (1961)

FILMOGRAPHIE SELECTIVE

Pourvu qu’on ait l’ivresse, 1957

Gala, 1962

Paris vu par, 1965

Les mariés de Robinson, 1966

Chez Georges et Rosy, 1967

L’amour c’est gai, l’amour c’est triste, 1991

L’acrobate, 1975

Au Père Lachaise, 1986

Contre-courant, 1991

bibliographie

Le cinéma autrement, Dominique Noguez, Editions du Cerf, 1987

L’entre vues, Jean-Daniel Pollet, Gérard Blanc, Editions de l’œil, 1998

Tours d’horizon : Jean-Daniel Pollet, Editions de l’œil, 2005

 

« De la politique des infortuness », Jean Eustache, in Cahiers du cinéma, n°172, novembre 1965

« Impressions anciennes », Jean-Luc Godard, in Cahiers du cinéma, n°187, février 1967

« Objet parmi d’autres », Jean-Louis Comolli, in Cahiers du cinéma, n°204, septembre 1968

« Pollet Cantabile », Vincent Vatrican, in Bref,, n°30

« Le complexe de Robinson », Jean-Daniel Pollet, in Cahiers du cinéma, n°509, janvier 1997