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L'an 01, Jacques Doillon (1973) Crédits : MK2 Editions Voir plus

Grand Format

Paris et le cinéma fantastique

1970-2000

Paris vu par
Cinéma fantastique courant Film expérimental futur Imaginaire Insolite Mystère
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Par : Forum des images

Alors que le cinéma fantastique et de science-fiction explose dans les salles parisiennes (pour mémoire, sortent Duelen en 1971, L’exorciste en 1973, Les dents de la mer en 1975, Carrie en 1976, Alien en 1979, Rencontre du 3e typeLa guerre des étoiles et Soleil vert en 1979, Shining en 1980, E.T. en 1982…), les Français proposent d’autres pistes de travail : garder un décor naturaliste en y implantant une trame inquiétante ou imaginaire.

Le Locataire, Roman Polanski (1976)

Crédits : Paramount Home Video

Citons tout d’abord deux films célébrant l’utopie contestataire des années 1970 : L’an 01 (Jacques Doillon, 1972), faux reportage écrit par Gébé qui imagine les premiers mois d’une révolution douce, où seraient mis en cause le travail, le couple, l’école, l’armée, la propriété… De son côté, Themroc (Claude Faraldo, 1972) montre un quartier de Paris dont les habitants retournent à l’âge des cavernes, contestation de la société de consommation sur un ton moins explicatif que L’an 01.

 

Après Répulsion (1965), Le bal des vampires (1967) et Rosemary’s baby (1968) qui ont fait de lui un maître du cinéma fantastique, Roman Polanski tourne à Paris Le locataire, en 1976, adapté d’un livre de Roland Topor. Il complète une trilogie qui comprend Rosemary’s baby et Répulsion : trois villes (Londres, New York, Paris), trois appartements exigus ou hantés, emplis de sons étranges, une atmosphère étouffante, trois solitudes. Quelques années plus tard, dans Frantic (1988), Polanski plongera un Américain dans un cauchemar éveillé, au cœur d’un Paris labyrinthique.

Concevant ses films à l’écart des modes, Jacques Demy réalise à Paris L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune (1973) qui raconte la drôle d’histoire d’un homme enceint de quatre mois, sans doute victime de quelque mutation génétique, puis Parking (1985), conte fantastique moderne, inspiré du mythe d’Orphée et d’Eurydice.

Jacques Rivette a quant à lui une conception paranoïaque et labyrinthique de la fiction, faite d’histoires à tiroirs, de jeux de pistes, qui débouche sur le fantastique. Céline et Julie vont en bateau (1973), Duelle (1975) et Le pont du Nord (1980) explorent un Paris mystérieux et poétique, véritable théâtre d’investigations, de filatures et d’affrontements surnaturels, qui évoque le charme du cinéma de Louis Feuillade.

Le pont du Nord, Rivette (1980)

Imprégnés de surréalisme, hantés par le surnaturel, Raoul Ruiz (L’éveillé du pont de l’Alma, et plus tard Trois vies et une seule mort, Généalogies d’un crime et La comédie de l’innocence), ou encore Luis Bunuel (Cet obscur objet du désir, Le charme discret de la bourgeoisie), appartiennent à cette veine de réalisateurs qui travaillent à la frontière du réel et de l’imaginaire, exploitant les lieux du quotidien pour partir dans le fantasme. « Ce détournement du décor parisien est aussi au cœur du travail de Marco Ferreri lorsqu’il tourne la bataille de Little Big Horn dans le trou des Halles (Touche pas à la femme blanche) ou de Bertrand Blier dans sa représentation des tours de La Défense (Buffet froid) ».

 

On peut également citer le travail de Christian de Chalonge, auteur d’un film fantastique étonnant, L’alliance (1970), avec Jean-Claude Carrière et Anna Karina : installé dans son grand appartement labyrinthique, me couple se met à s’épier, au milieu des animaux de plus en plus envahissants…

Beinex, Besson, Carax : l’esthétique années 80

« Dans les années 1980, souhaitant transformer la ville en lieu fantastique sans en altérer la réalité, des cinéastes comme Jean-Jacques Beinex (Diva), Léos Carax (Boy meets girl et Mauvais sang) et Luc Besson (Subway) ont coloré la capitale d’une esthétique formelle caractéristique de la décennie 1980-1990. Même si les lieux sont identifiables (le Pont-Neuf, le métro, les quais de Seine), leur traitement, influencé par le clip et la publicité, les rend improbables. » (extrait de Paris imaginaire).

Mauvais Sang, Léos Carax

Béatrice Dalle dans Trouble Every Day, Claire Denis (2001)

Parmi la nouvelle génération de cinéastes qui apparaît au début des années 1990, c’est sans doute Claire Denis qui propose la vision la plus cauchemardesque de Paris avec S’en fout la mort (1990), J’ai pas sommeil (1994) et surtout Trouble every day (2001), distillant un climat feutré et fantastique à la fois.

De son côté, Arnaud Desplchin signe avec La Sentinelle (1992) un film claustrophobe, étouffant. « La Sentinelle est un objet cinématographique totalement original, dense, pas vraiment rond ni lisse, qui témoigne d’une conception neuve, forte, attachante d’un cinéma novateur », selon les termes de la journaliste Annie Coppermann.

Crédits : UGC

Delicatessen, réalisé par Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, 1991

Crédits : UGC

Dans un genre plus fantastique, les deux Français imposent leur vision décalée de la capitale, déjà présente dans leurs courts métrages Le manège (1979), Le bunker de la dernière rafale (1980) et Pas de repos pour Billy Brakko (1983). Développant un univers entre onirisme et fantastique avec un penchant nostalgique pour le réalisme poétique français des années 1930-1940, Delicatessen (1991), leur premier long métrage, est un succès, aussi bien critique que public.

En 2000, Jean-Pierre Jeunet tourne Le fabuleux destin d’Amélie Poulain avec Audrey Tautou et Mathieu Kassovitz, faisant surgir le féerique du quotidien – couleurs fantasmatiques, plans déformant la réalité, univers de cartoon.

Le genre onirique doit beaucoup aux adaptations littéraires et à la bande dessinée. Enki Bilal, dessinateur de BD et cinéaste, a fait de Paris le décor de la société dictatoriale de La trilogie Nikopol. Comme dans Tykho Moon, son premier film (1997) : sur une « colonie-lune », on voit les signes identitaires parisiens – la Grande Arche de La Défense, le Sacré-Cœur, la tour Eiffel, etc. – d’une terrasse d’hôtel.

Il faut sortir Paris d'une vision fantastique exclusivement XIXe siècle , proche du gothique londonien. Elle a un potentiel qui excède largement cela

Enki Bilal, juin 2004

C’est ce que réussit également le film d’animation en noir et blanc Renaissance (2006). Le scénariste Alexandre de la Patellière explique :

Paris, comme décor principal et personnage du film, s'est immédiatement imposé. C'était un défi pour nous tous de créer un Paris fantasmé qui soit aussi fort que le Los Angeles de Blade Runner. Intégrer la technologie dans les hôtels particuliers du XVIIIe siècle, réfléchir à la circulation automobile dans une mégapole du futur tout en prenant en compte l'urbanisme issu d'Haussmann et d'un siècle de modernisation.

Le cinéaste Christian Volckman va plus loin :

Mettre de côté sa dimension romantique pour faire remonter son aspect plus sombre et détourner ses aspects les plus célèbres comme Montmartre, la Tour Eiffel ou Notre-Dame, pour décrire ce que risquerait de devenir Paris : une ville-musée fière de son passé et de son héritage, mais aussi une ville étouffante où l'on se mélange de moins en moins…

Renaissance, Christian Volckman

Il semble que, depuis quelques années, la France assiste à l’explosion de films de genre spectaculaires et grand public. Le sable engorge les rues de Paris jusqu’aux pieds de la tour Eiffel dans Peut-être de Cédric Klapisch, unique vision fantastique du réalisateur. Vidocq, de Pitof, ex-spécialiste des effets spéciaux, notamment pour Jean-Pierre Jeunet, est un polar fantastique qui se déroule à la veille de la révolution de 1830 à Paris, tourné en numérique, et coscénarisé par Jean-Christophe Grangé, romancier d’histoires étranges et fantastiques.

Les héritiers de Méliès continuent de bâtir Paris à la mesure de leur imagination

N.T. Binh

FILMOGRAPHIE SELECTIVE

FANTÔMES CACHES AU LOUVRE ET A L’OPÉRA
Le fantôme de l’Opéra, de Tony Richardson, 1990
Belphégor ou le fantôme du Louvre, de Jean-Paul Salomé, 2001

 

PARIS, CAPITALE DES FANTÔMES ?
Nuit d’or, de Serge Moati, 1976
Les trottoirs de Saturne, de Hugo Santiago, 1985
Et là-bas, quelle heure est-il ?, de Tsai Ming-Liang, 2000

 

SURRÉALISME
Un type bien, de Laurent Benegui, 1990
Adieu plancher des vaches, de Otar Iosseliani, 1999

 

MÉDECINS FOUS
Frankestein 90, de Alain Jessua, 1984

 

MAGICIENS
Clementine tango, de Caroline Roboh, 1981
La fille du magicien, de Claudine Bories, 1988
Simon le mage, de Ildiko Enyedo, 1999

 

VAMPIRES ET LOUP-GAROUS
Un vampire au paradis, de Adbelkarim Bahloul, 1991
Le loup-garou de Paris, de Anthony Walker, 1997
Les morsures de l’aube, de Antoine de Caunes, 2001

 

QUELQUES COURTS MÉTRAGES
Fantorro le dernier justicier, Jan Lenica, 1971
Fotomar, de Dominique Noguez, 1979
La tendresse du maudit, de Jean-Manuel Costa, 1980
Présence féminine, de Eric Rochant, 1986
New rêve, de Karim Dridi, 1989
Space on Earth, de Patrick Volve, 2001
Le coma des mortels, de Philippe Sisbane, 2003

 

bibliographie

80 grands succès du cinéma fantastique, Pierre Tchernia, 1988, Casterman

 

Les 100 chefs-d’œuvre du film fantastique, Jean-Marc Bouineau et Alain Charlot, 1989, Marabout

 

Le fantastique, Daniel Couty, Bordas, 1989

 

Histoire du cinéma fantastique, Gérard Lenne, Seghers, 1989

 

Les films d’épouvante, Philippe Ross, J’ai lu cinéma, 1989

 

Le cinéma fantastique, Patrick Brion, De La Martinière, 1994

 

Merveilleux, fantastique et science-fiction à la télévision française, Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret, INA, 1995

 

Le fantastique, Axelle Sassoye, André Pint et Olivier Boulvin, Bruxelles, Confédération parascolaire, 1998

 

Ecoles, genres et mouvements au cinéma, Vincent Pinel, Larousse, 2000

 

Paris au cinéma, N.Y. Binh et Franck Garbarz, Parigramme, 2003