Fermer
Fermer
Fleche vers le bas
De gauche à droite : Joseph Kosma, Jacques Prévert, Marcel Carné, Jean Gabin et Alexandre Trauner à La Colombe d'Or, Saint-Paul-de-Vence, 1945 Crédits : Émile Savitry Voir plus

Reportage

Carné-Prévert

Les copains d'abord

Secrets de tournage
Alexandre Trauner Années 30 Jacques Prévert Marcel Carné Réalisme Poétique Secret Tournage
  • Partager
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Twitter
  • Commenter

Par : François Porcile

Au cours des années trente, de nombreux talents du cinéma français se sont réunis autour de Marcel Carné et de Jacques Prévert : le trio Arletty-Jules Berry-Jean Gabin, le décorateur Alexandre Trauner et le compositeur Maurice Jaubert.

Cette « belle équipe » s’est formée, soudée, épanouie au long des années trente. En août 1932, aux studios de Joinville, Maurice Jaubert a rencontré les frères Prévert lors du tournage de L’affaire est dans le sac. Il en a composé la partition poétique et sarcastique, avant d’écrire, avec la complicité de Jean Grémillon, la valse A Paris, dans chaque faubourg… du film Quatorze juillet de René Clair, dont l’assistant, pour son premier film «100% parlant et chantant »Sous les toits de Paris (1930), s’appelait Marcel Carné, et l’assistant décorateur, Alexandre Trauner.

crédits : Films Sonores Tobis

Tournage de Sous les toits de Paris, René Clair (1930)

Crédits : Films Sonores Tobis

L’expérience d’Hôtel du Nord

Assistant pour Pension Mimosas (1934) de Jacques Feyder – comme Trauner aux décors -, Carné découvre Arletty dans un petit rôle, et sa future Margaret Molyneux de Drôle de drame (1937), Françoise Rosay. Drôle de drame, où Carné s’entoure de Prévert, Jaubert, et d’un nouveau chef-décorateur qui va construire l’espace du réalisme poétique français : Alexandre Trauner.

Quelques mois plus tard, le quatuor se reforme à l’occasion du Quai des brumes, où « l’ignoble Molyneux » de Drôle de drame, Michel Simon, réapparaît sous les traits du boutiquier libidineux Zabel ; ce sont aussi, pour Jaubert, des retrouvailles avec le père Jules de L’Atalante de Jean Vigo (1934).

 

À l’automne 1938, le quatuor devient trio pour Hôtel du Nord, Prévert cédant la place à Henri Jeanson pour les dialogues. Mais le film bénéficie de la présence éclatante d’Arletty avec son fameux « Atmosphère ! … », en même temps qu’on y retrouve, en amoureux désespéré et maquereau cynique, le laitier et l’évêque de Drôle de drame, Jean-Pierre Aumont et Louis Jouvet.

hoteldunord

Hôtel du nord, Marcel Carné (1938)

Crédits : Impérial Film, Luca, Sédif Productions


Drôle de Drame


Réalisé par Marcel Carné, 1937

Au printemps suivant, le quatuor est recomposé, avec en tête d’affiche Jean Gabin, qui avait déjà incarné dans le Quai des brumes l’image d’un destin tragique, image qui va atteindre son paroxysme dans Le jour se lève, dernière partition de long métrage de Maurice Jaubert.

 

Jaubert disparu, c’est son ami Maurice Thiriet qui va reprendre le flambeau musical dans l’équipe Carné-Prévert, servant en outre de prête-nom à Joseph Kosma (déjà collaborateur de Carné pour Jenny) pour travailler clandestinement sur Les visiteurs du soir (1942), avant de pouvoir signer « au grand jour » la partition des Enfants du paradis, sorti sur les écrans parisiens deux semaines après la capitulation allemande, en mai 1945.

C’est le sommet de la collaboration Carné-Prévert, précédant Les portes de la nuit (1946) où sont révélées les deux chansons « tubes » de Prévert et Kosma, Les enfants qui s’aiment et Les feuilles mortes.

Le jour se lève, par Marcel Carné


Interview du 30 avril 1970. Source : Ina

Les enfants du paradis


Réalisé par Marcel Carné (1945)

Ce tandem quasi-mythique, Carné-Prévert, va chuter sur un double coup du sort. La révolte des jeunes colons du pénitencier de Belle-Île, en août 1934, leur avait inspiré, dès 1936, un projet, L’île des enfants perdus. Refusé par la censure, puis enterré sous l’Occupation, le scénario de Prévert réapparut en 1947 sous le titre La fleur de l’âge.

Le tournage commence le 10 mai à Belle-Île. Au bout de dix semaines, il est interrompu définitivement, les problèmes financiers s’étant ajoutés aux intempéries et multiples sinistres. De cette dernière œuvre commune inaboutie restera une chanson, mise en musique par Kosma.

François Porcile, conseiller musical de différents cinéastes (dont François Truffaut), est également historien du cinéma, musicologue, scénariste et écrivain.

Publié le 4 novembre 2016