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Une rame de la ligne 8 du métro de Paris, en direction de la station Charenton-Ecoles, 1943 Crédits : Wikimedia (domaine public) Voir plus

Reportage

Le métro

Tout un symbole !

Transformations
Évolution Inspiration Métro Rétro Transports Urbanisme Vintage
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Par : Roger-Henri Guerrand

Le rôle du métro dans l’imaginaire des Parisiens est exceptionnel. En effet, dès les années 1885, quinze ans avant l’ouverture de la première ligne, des « métro-jouets » sont proposés dans les catalogues d’étrennes : on les retrouvera d’ailleurs sous diverses formes jusqu’à la fin du XXe siècle. De son côté, le cinéma va également s’emparer de cet attrait pour le métro et, dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les souterrains de la capitale vont devenir un des décors de prédilection des réalisateurs tournant dans Paris. En voici quelques exemples.

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© L. Bird (@ladybird.notes)

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© L. Bird (@ladybird.notes)

Les premières apparitions du métro parisien au cinéma n’ont pas encore été repérées avec certitude. Mais dès 1903, un certain Georges Mendel, fabricant d’appareils de projection, vend un film de 25 mètres rapportant l’accident qui venait de se produire à la station Couronnes, boulevard de Belleville (20e), et qui avait causé la mort de 84 personnes.

 

Néanmoins, on ne sait pas tout à fait quel précurseur eut l’idée de reconstituer entièrement en studio cette catastrophe unique dans l’histoire du métro de Paris : « Les cadavres sont retirés de dessous des décombres et transportés sur des civières. Cette scène, éclairée par des torchères que tiennent des pompiers, est saisissante de réalisme » (L’industriel forain, 22 août 1903).

Un peu plus tard, dans la série des Boireau (Boireau mange de l’ail, Georges Monca, 1910), un personnage comique fait s’évanouir tous les voyageurs d’une rame. Ainsi s’ouvre une veine humoristique autour du métro qui, après la Deuxième Guerre mondiale, aboutit à un chef d’œuvre avec le film de Louis Malle, Zazie dans le métro (1960). Dans ce film remarquablement adapté de l’œuvre de Queneau, l’héroïne n’a d’ailleurs qu’une idée en tête en venant à Paris : prendre le métro. Mais ce si grand désir restera inassouvi…

 

Depuis, de Barres de Luc Moullet (1983) à Foutaises de Jean-Pierre Jeunet (1989), le métro est donc régulièrement l’objet de films humoristiques.

L'antre des malfrats

Dans le droit fil du roman-feuilleton si prisé à partir de la fin du XIXe siècle, le cinéma reprend par ailleurs la tradition qui a longtemps consacré Paris comme la « cité de la peur », celle où pouvaient se commettre les crimes les plus effrayants.

 

De fait, le premier réalisateur à conférer au métro les dimensions d’un décor dramatique est Louis Feuillade dans Juve contre Fantômas (1913). Par l’architecture d’abord, puisque la rencontre de Joséphine, une « pierreuse » de Montmartre (18e), et de Loupart-Fantômas a lieu sous le tablier du métro aérien, entre Allemagne (devenue Jaurès après la guerre, 19e) et La Chapelle (18e). En outre, l’intérieur d’une voiture circulant sur le viaduc est également mis en scène par Feuillade : debout, le détective Fandor semble alors contempler le paysage qui défile. Mais en réalité, il observe Joséphine, assise de face, les bras croisés…

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Affiche de Juve contre Fantômas, Louis Feuillade (1913)

Crédits : Gaumont

Tourner dans les bas-fonds

Pourtant, Feuillade ne sera pas imité de sitôt. En 1938 seulement, pour son premier film, Maurice Cam tourne Métropolitain avec comme principaux acteurs Albert Préjean, Ginette Leclerc (révélation de l’année précédente) et André Brûlé. Maurice Cam y raconte alors l’histoire d’un ouvrier parisien qui, en se rendant à son travail par le métro, croit voir soudain par une fenêtre ouverte un homme poignarder une femme.

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Affiche du film Métropolitain, Maurice Cam (1939)

Crédits : S.B. Films

Descendu au premier arrêt, il alerte donc la police. Mais en réalité, le prétendu meurtrier n’est qu’un illusionniste répétant un numéro avec sa partenaire. Un drame se nouera cependant. Maurice Cam, anticipant sur les méthodes du néo-réalisme italien, a alors embauché quelques employés de la Compagnie parisienne du métropolitain (C.M.P.) auxquels se sont mêlés des figurants tenant les rôles de voyageurs. Une voiture spéciale est même accrochée à une rame régulière et les usagers ne s’aperçoivent pas du tournage. Salué par la presse, Métropolitain connaît alors un grand succès qu’interrompt la guerre : il n’a ensuite plus jamais été projeté en salle publique…

La tradition se met en place

Après la Deuxième Guerre mondiale, la vogue du roman policier, un avatar du feuilleton, qui commence avec le lancement de la Série noire (1945) ne peut laisser les scénaristes indifférents : ils s’emparent des tunnels du métro pour y introduire des intrigues où se distinguent des artistes aimés du public, ainsi Alain Delon (Le samouraï, 1967), Jean-Paul Belmondo (Peur sur la ville, 1974), Christophe Lambert (Subway, 1985), Juliette Binoche (Mauvais sang, 1986).

Subway, Luc Besson (1985)

Aujourd’hui, peu de films policiers tournés à Paris se dispensent d’une séquence métropolitaine, ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils attribuent à ce mode de transport une dimension esthétique supplémentaire.

Ce nouvel aspect policier aurait dû séduire le grand public. Or celui-ci s’est montré réticent quand un metteur en scène, pourtant déjà célèbre, s’est lancé dans un thème à la fois tragique et poétique : en 1946, Les portes de la nuit de Marcel Carné a rencontré l’incompréhension, tant des critiques que de la majorité des spectateurs.

Trauner : le métro sublimé

La station Barbès-Rochechouart (18e), point central de l’action, a été entièrement recréée en plein air par Alexandre Trauner, décorateur habituel de Carné. Les accès du boulevard de la Chapelle ont été exactement reproduits, sauf les colonnes de fonte, pour faciliter les évolutions de 600 figurants.

La première image du film, réalisée sous la direction de Philippe Agostini, est un magnifique panoramique balayant la butte Montmartre (18e), le canal de l’Ourcq (19e), le boulevard de la Chapelle (18e) et s’achevant sur le métro aérien.

Dans la foule d’une voiture, Diego (Yves Montand) rencontre le Destin sous les traits d’un mystérieux clochard (Jean Vilar). Ce personnage a une façon de lancer l’expression « Vous descendez à la prochaine ? » qui mériterait une analyse : c’est parce que Diego rate le dernier métro qu’il sera entraîné dans une aventure fatale. Après la mort de Malou (Nathalie Nattier), Diego (Yves Montand) reprendra une rame au petit jour tandis que le clochard-destin lui lance un regard énigmatique.

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La station Barbès et le boulevard de La Chapelle reconstitués par Alexandre Trauner pour Les portes de la nuit, Marcel Carné (1946)

Crédits : Société Nouvelle Pathé Cinéma

De son côté, Georges Franju a également mis en scène un métro qui se révèle poétique dans La première nuit (1957) : un petit fugueur pénètre dans le métro et s’endort dans une station dont le décor nourrit ses rêves…

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© L. Bird (@ladybird.notes)

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© L. Bird (@ladybird.notes)

À côté des amateurs de fictions, auxquels les films tournés dans le métro apportent le supplément d’un décor que de nombreux spectateurs peuvent encore ignorer, se trouve une catégorie de cinéphiles moins friands d’émotions fortes.

Il s’agit des passionnés de la « vie du rail », aérien ou souterrain, qui exigent des informations précises sur le métro. Pour eux, il existe de nombreux documentaires, dont la plupart ont été réalisés après 1950, année du cinquantenaire du métro. L’un d’entre eux, Antoine et le Météor (1999) d’Alexandre Virton, marque une date importante, celle de l’ouverture de la quatorzième ligne du réseau ferré : la station François Mitterrand (13e) a été confiée à l’architecte Antoine Grumbach qui raconte ici sa genèse.

Côté documentaire

Une institution comme le métro, qui a accompagné et reflété tout au long du XXe siècle les mutations extraordinaires d’une capitale, méritait le statut « d’objet historique ».

Si la R.A.T.P. a beaucoup tardé à se doter d’un indispensable service d’archives, c’est maintenant chose faite : en ce qui concerne l’iconographie métropolitaine, une masse considérable de documents a pu commencer à être classée et utilisée par les spécialistes de la vie quotidienne à Paris, en particulier pour réaliser des films qui reviennent sur l’histoire du métro, comme Le père métro Fulgence Bienvenue de P.A. Picton ou Métropolitain de Jacques Tréfouel.

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Montage du caisson de la ligne 4, en 1906. Une des 300 000 photographies numérisées par les Archives de la RATP

Crédits : RATP

Une photo publiée par RATP (@ratp) le

Une photo publiée par RATP (@ratp) le

Une photo publiée par RATP (@ratp) le

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© L. Bird (@ladybird.colors)

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© L. Bird (@ladybird.colors)

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© L. Bird (@ladybird.colors)

Promouvoir un métro d'art et de culture

Dotés de cet esprit documentaire, plusieurs films rendent également compte des essais de la R.A.T.P. visant à introduire une vision esthétique dans un univers purement fonctionnel. Le premier de cette série, Gardien de musée au métro Louvre, tourné en 1969 pour la série Dim, Dam, Dom, inaugure une nouvelle ère dans la perception d’un métro « différent ».

 

Le souci de provoquer des émotions artistiques dans un lieu longtemps soumis à la froideur de la céramique blanche, malgré l’importance prise par l’affichage publicitaire, représente un progrès de confort social. Depuis déjà un quart de siècle, la R.A.T.P. s’est risquée plus loin par la mise en œuvre d’un concept d’animation qui permet à des musiciens, des chanteurs, des montreurs de marionnettes de s’exhiber sous ses voûtes. Plusieurs films ont rendu compte de cette démarche sans précédent : Michel Honorin l’illustra dès 1978 par Vive le cirque.

 

On peut maintenant parler d’un métro « d’art et de culture », ce qui ne doit pas dissimuler des aspects « glauques » tendant à refléter ceux de la surface où se manifestent toutes les formes de délinquance.

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Dans les grandes stations, les musiciens ont aujourd'hui leurs espaces pour animer les trajets des voyageurs

Crédits : RATP

Ceux qui vivent en-dessous

Depuis 1990, cette vie parisienne en marge fournit des sujets d’observation sociologique traduits en images. Par exemple, des bandes de voleurs à la tire fréquentent les tunnels en permanence (Violence sur toute la ligne, Chantal Perrin, 1999) tandis que des sans-domicile-fixe transforment certaines stations en lieux de vie (Sur les bancs du métro… des hommes, Catherine Plantrou, 1996).

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Sur les bancs du métro... des hommes, Catherine Plantrou (1996)

Crédits : La Sept Arte, Baal Film

Utiliser des images précises pour une intrigue « métropolitaine » reste le premier moyen pour intéresser le spectateur. Le metteur en scène est également capable de le faire rêver en se servant de signes de reconnaissance connus des seuls usagers.

Ainsi, dans Pépé le moko (1936), Jean Gabin apostrophe Mireille Balin en lui déclarant tout à trac « Tu sens le métro ! ». Dans Le salaire de la peur (1953), Yves Montand colle au mur de sa chambre un ticket de la station Pigalle (9e)… Enfin dans Zazie dans le métro, bien que totalement absent de l’écran, le métro devient dans ces films le symbole de Paris.

Inévitable symbole

Importante figure de la capitale, le métro s’est révélé plus qu’un moyen de transport. De nombreux réalisateurs l’ont en permanence attesté. Tour à tour présent dans des films policiers, humoristiques, poétiques, ainsi que dans de nombreux documentaires, le métro est devenu une figure cinématographique emblématique de Paris : c’est aujourd’hui une sorte de machinerie sentimentale faisant corps avec la ville.

Roger-Henri Guerrand était historien, spécialiste de la vie quotidienne en milieu urbain et pionnier de l'histoire du logement social. Docteur en histoire, personnalité atypique dans le monde universitaire français, il a été l'un des premiers à s'intéresser au métro parisien sur lequel il a publié plusieurs essais. Il fut également l'un des premiers enseignants de l'Ecole d'architecture de Paris-Belleville.

Publié le 20 octobre 2016