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Vidéo : Paris, roman d'une ville, Stan Neumann (1991) Visuel : Avenue d’Iéna, vers 1877 - Crédits : Charles Marville, State Library of Victoria Voir plus

Grand Format

Années 1850

Paris au temps d'Haussmann

Au gré des époques
19e siècle Haussmann métamorphose transformation Urbanisme Vieux Paris
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Par : Thierry Paquot

Il y a plus de cent-cinquante ans débutaient les gigantesques travaux lancés par le baron Haussmann. De nombreux films nous éclairent sur ce Paris haussmannien et sur l’atmosphère de la vie parisienne à cette époque.

Le Baron Georges-Eugène Haussmann (1809-1891)

Crédits : Gallica - BNF

Nommé Préfet de la Seine en 1853, destitué en 1870, le baron Georges-Eugène Haussmann (1809-1891) a durant dix-sept ans été le « ministre » de Paris, une capitale profondément remodelée et embellie. Les douze arrondissements dont il hérite sont surpeuplés, incommodes, embouteillés, taudifiés et malsains (les trop nombreuses victimes de l’épidémie du choléra, en 1832, sont encore dans toutes les mémoires).

 

Il est vrai que la ville attire des populations de toutes les provinces et de nombreux pays voisins, à la recherche d’un emploi, d’un statut, bref d’une situation. Et ce faisant, Paris voit sa population s’accroître considérablement, passant d’environ six cent mille habitants à la Révolution à plus d’un million en 1846 et deux millions en 1876. Entre-temps, il est vrai, Paris s’est agrandi, annexant en 1860 plusieurs villages ou morceaux de villages mitoyens et se dotant de vingt arrondissements.

Il a transformé Paris, il en a supprimé les ruelles sombres, étroites et malsaines qui le déshonoraient, pour créer, par des voies magnifiques, la plus belle et la plus artistique des capitales.

Discours de M. Alphand à l’académie des Beaux Arts, 1891

Influencées par Napoléon III (qui a beaucoup apprécié Londres, lors de son exil), les ambitions d’Haussmann concernent notamment les réseaux (percements de nombreuses avenues et boulevards, facilitant ainsi la circulation dans la ville et en particulier autour des gares ; canalisations en sous-sol d’égouts, de conduites d’eau et de gaz), les parcs et jardins (les bois de Vincennes et de Boulogne sont rattachés à la ville et les squares de quartier se multiplient), les immeubles de qualité (nouvelle législation sur les hauteurs, les façades, les équipements, les techniques du lotissement), l’administration de la ville et le confort (mobilier urbain, éclairage, fontaines, etc.).

 

Décrié par les uns qui crient à la gabegie (Les comptes fantastiques d’Haussmann, par Jules Ferry) ou à la répression policière (installation de casernes et boulevards gênant l’édification des barricades), encensé par d’autres qui s’enthousiasment pour une ville étincelante, luxueuse, admirée du monde entier, le baron Haussmann, si controversé, n’est pas devenu pour autant un personnage du 7e art. Certes, les adaptations cinématographiques des romans de Zola, parfois, le font apparaître, mais il a le mauvais rôle, celui par qui la spéculation immobilière, les magouilles foncières, les compromissions de toute nature sont possibles… La réalité historique est moins spectaculaire, le baron Haussmann est un homme de pouvoir, travailleur acharné, appréciant certes les maîtresses et un train de vie digne de son rang, mais cela prendra fin avec son départ des affaires. Il rédige alors les trois volumes de ses Mémoires (1891-1893), s’essaie à la poésie et se consacre… aux orchidées.

Crédits :  Affiliation de Badinguet

Caricature d'Haussmann par De La Tramblais, 1870-1871

Crédits : Affiliation de Badinguet

Vue aérienne de Paris

Crédits : Architectural Association Graduate School

Plans et illustrations à l’appui, quelques documentaires exposent l’ampleur des travaux haussmanniens et tentent d’apprécier, de manière critique, l’œuvre du baron et de ses acolytes, tels Belgrand et Alphand.

 

Le baron Haussmann de Roland Bernard visite les « bonnes adresses » du Préfet et insiste sur les équipements qu’il installe à Paris (eau, lumière, halles, gares, opéra et théâtres…). La série Impressions d’Orsay de Pierre Dumayet, propose le documentaire Haussmann et l’haussmannisation, par Jean Douchet, qui, en quatorze minutes, alterne des documents iconographiques d’époque et des vues contemporaines prises depuis un hélicoptère. Un tel procédé laisse croire que Haussmann a anticipé sur les besoins de notre époque (en matière de circulation par exemple) alors qu’il n’en est rien. Le film privilégie les grandes percées, les parcs et les espaces verts au logement ou aux marchés de quartier.

Avec Paris, roman d’une ville, Stan Neumann, accompagne dans ses parcours l’historien François Loyer, auteur d’une monumentale étude : Paris XIXe siècle. L’immeuble, la rue (Hazan, 1987). La ville vue des toits est absolument magique, on découvre une autre typo-morphologie, on prend mieux compte des gabarits, des perspectives, des échelles du bâti. C’est une véritable leçon d’urbanisme, in situ, que nous délivre l’historien et l’on apprend ainsi l’incroyable subtilité des praticiens de cette époque et l’étonnante prouesse des édiles à fabriquer une ville-décor.

Au Bonheur des dames, d'André Cayatte, 1943

Crédits : StudioCanal

Les fictions nous éclairent également sur le Paris haussmannien, non pas tant sur les procédures ou les règlements, mais sur « l’atmosphère » de la vie durant une période que les historiens nomment « l’âge d’or du capitalisme français ». Pas pour tous et Zola ne se prive pas pour raconter les difficultés d’une Gervaise, par exemple. Avec La Curée, jamais adapté au cinéma, il reconstitue avec une rare perspicacité l’euphorie d’un temps de l’argent facile.

Reconstitutions du Seconde Empire

Les films adaptés des Rougon-Macquart contiennent de nombreux anachronismes (tant au niveau de la langue parlée que du mobilier ou de certains vêtements), mais la reconstitution de Paris en studio est souvent fidèle : c’est l’ambiance des salons, des bureaux, des magasins, des scènes de rue, qui exprime bien ce qu’était le Second Empire, comme en témoignent Au bonheur des dames de Julien Duvivier (1929) ou la version d’André Cayatte (1943), dont certains y voient une illustration du corporatisme de Vichy.

 

Pot-Bouille, également de Julien Duvivier (1957), raconte l’ascension sociale d’Octave Mouret avant qu’il n’ouvre son grand magasin Au bonheur des dames ; Gérard Philipe est grandiose de cynisme et de détermination, Danielle Darrieux émouvante et la jeune Bernadette Laffont déjà effrontée… Gervaise de René Clément (1955), avec Maria Schell et François Périer, montre bien les faubourgs de la ville et le rôle, pour le petit peuple, de l’Assommoir – ce bistrot au mauvais alcool qui assomme.

 

Enfin Nana de Christian-Jacque (1954), avec Martine Carol et Charles Boyer, décrit le monde si particulier de la demi-mondaine, des théâtres de boulevard et des gens de la haute bourgeoisie qui s’encanaillent. Il existe plusieurs adaptations de ce roman, dont la version de Jean Renoir, Nana, en 1926, à laquelle a collaboré la fille de l’écrivain, Denise Leblond-Zola.

De nombreux films, furtivement et sans le dire, montrent des quartiers haussmanniens ou débutent par un long travelling sur des avenues tracées sous le Second Empire.

Les larges boulevards avec des lampadaires, des bancs publics, des urinoirs, ou encore les parcs et les bois urbains, sans oublier les immeubles de rapport, témoignent du décor de cette époque. Un bon nombre de films les utilisent, les lister serait fastidieux : citons Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda, 1962), Paris vu par … produit par Barbet Schroeder (Jean Rouch, Jean Douchet, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard et Claude Chabrol, 1965), Paris au mois d’août (Pierre Granier-Deferre, 1965), Le samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), Place de la République (Louis Malle, 1972), I comme Icare (Henri Verneuil, 1979), Femmes de personne (Christopher Frank, 1984), Rive droite, rive gauche (Philippe Labro, 1984), Place Vendôme (Nicole Garcia, 1997)… sans oublier un montage d’extraits de documentaires et de films d’époque, Paris 1900 (Nicole Vedrès, 1947).

crédits : Ciné Tamaris, Rome Paris Films

Cléo de 5 à 7, d'Agnès Varda, 1962

Crédits : Ciné Tamaris, Rome Paris Films

FILMOGRAPHIE SELECTIVE

DOCUMENTAIRES

Paris 1900, de Nicole Vedrès, 1948, 1h19min

Le baron Haussmann, série  Bonnes adresses du passé, de Roland-Bernard, 1970, 42min

Haussmann et l'haussmannisation, série Impressions d'Orsay, de Jean Douchet, 1986, 14min

Paris, roman d'une ville, de Stan Neumann, 1991, 49min

 

FICTIONS

Au bonheur des dames, de Julien Duvivier, 1929, 1h15min

Au bonheur des dames, de André Cayatte, avec Michel Simon, 1943, 1h23min

Nana, de Jean Renoir, avec Catherine Hessling, 1926, 1h41min

Nana, de Christian-Jaque, avec Martine Carol, 1954, 1h56min

Gervaise, de René Clément, avec Maria Schell, 1955, 1h52min

Pot-Bouille, de Julien Duvivier, avec Gérard Philipe, 1957, 1h53min

 

FILMS EN ECHO

Cléo de 5 à 7, de Agnès Varda avec Corinne Marchand, 1962, 1h26min

Paris vu par ..., de J. Douchet, J. Rouch, J.-D. Pollet, E. Rohmer, J.-L. Godard, C. Chabrol, 1965, 1h32min

Paris au mois d'août, de Pierre Granier-Deferre, 1965, 1h38min

Le Samouraï, de Jean-Pierre Melville, 1967, 1h40min

Place de la République, de Louis Malle, 1974, 1h31min

I comme Icare, de Henri Verneuil, 1979, 2h

Femmes de personne, de Christopher Franck, 1984, 1h42min

Rive droite, rive gauche, de Philippe Labro, avec Gérard Depardieu, 1984, 1h40min

Place Vendôme, de Nicole Garcia, avec Catherine Deneuve, 1997, 1h57min

 

bibliographie

Atlas du Paris haussmannien. La ville en héritage du Second Empire à nos jours, Pierre Pinon, Parigramme, 2002

 

Mémoires, Georges Haussmann, Seuil, 2000

 

La modernité avant Haussmann. Formes de l'espace urbain à Paris 1801-1853, textes réunis par Karen Bowie, Editions Recherches, 2001

 

Commission des embellissements de Paris. Rapport à l'Empereur Napoléon III, Henri Siméon (décembre 1953), édité et présenté par Pierre Casselle, avant-propos de Michel Fleury, Editions Rotonde de La Villette, 2000

 

Transforming Paris. The life and labors of baron Haussmann, David P. Jordan, The University of Chicago Press, 1995

 

Napoléon III, l'architecte et l'urbaniste de Paris, Irene A. Earls, Centre d'Etudes Napoléoniennes, 1991

 

Paris-Haussmann, sous la direction de Jean des Cars et Pierre Pinon, Picard, 1991

 

Haussmann, préfet de la Seine, 1853, numéro spécial de "La vie urbaine" n°3-4, Nouvelle Série, PUF, 1953

 

Du vieux Paris au Paris moderne. Haussmann et ses prédécesseurs, André Morizet, Hachette, 1932

 

Thierry Paquot est philosophe de l'urbain et participe depuis plus de trente ans aux débats sur la ville, l’architecture et l’urbanisation. Auteur de plusieurs ouvrages sur ces sujets, il a notamment signé "La ville au cinéma" (co-dirigé avec Thierry Jousse, 2005). De 1994 à 2012, il fut aussi l'éditeur de la revue "Urbanisme".

Publié le 4 novembre 2016