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Anecdote

La mission Marchand

Retour triomphal de Fachoda

Image de couverture

Photo extraite de l'album de la Mission Marchand

Crédits : Collection privée P. Vallery-Masson/T. d'Athis (photos), scannée et éditée par l'ECPAD et les Editions LBM

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Par : Forum des images

Mise en place en 1870, la IIIème République a définitivement créé l’empire colonial français. Sous la pression des industriels et financiers qui voulaient alors s’affranchir des barrières protectionnistes instaurées après la crise économique de 1873, le pays se lance à la conquête de l’Afrique subsharienne dès les années 1880.

 

En 1896, la France décide donc d’y envoyer un nouveau « groupe d’exploration ». Sous les ordres du tout jeune commandant Jean-Baptiste Marchand (1863-1934), la mission baptisée Congo-Nil, composée de huit gradés et d’environ deux cent cinquante tirailleurs sénégalais, part traverser les territoires situés entre le Golfe de Guinée et la boucle du Niger.

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Photo extraite de l'album de la Mission Marchand

Crédits : Collection privée P. Vallery-Masson/T. d'Athis (photos), scannée et éditée par l'ECPAD et les Editions LBM

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Photo extraite de l'album de la Mission Marchand

Crédits : Collection privée P. Vallery-Masson/T. d'Athis (photos), scannée et éditée par l'ECPAD et les Editions LBM

Des rapports de forces inégaux

Dès son arrivée à Brazzaville, à un poste français près de l’embouchure du fleuve Congo et jusqu’au Lac Nô, la mission Marchand commence à soumettre différentes populations. Une fois le territoire du Soueh assujetti, le gouverment Français charge le commandant Marchand d’occuper Fachoda, au cœur du Soudan, sur les bords du Nil Blanc, afin de contrer les expansions colonialistes britanniques au sud de l’Égypte. Non sans peine, Marchand y parvient le 10 juillet 1898.
Le 18 septembre toutefois, après avoir soumis les Soudanais, le général Lord Kitchner remonte le Nil. À la tête d’une armée anglo-égyptienne de quelques vingt mille hommes, il s’apprête alors à prendre possession de Fachoda.

 

À Paris, la République de Félix Faure est ébranlée, mais par l’Affaire Dreyfus. L’opinion publique est déchaînée, une capitulation serait donc un drame. Pourtant, l’issue d’un éventuel affrontement est évidente, les rapports de force parlent d’eux-mêmes.  Mais soucieux de ne pas engendrer un conflit avec l’Angleterre, bien conscient de l’intransigeance britannique et de la faiblesse du contingent français, le gouvernement de la IIIème République décide de rappeler le commandant Marchand. Au diable la fierté coloniale, car il y a plus urgent à résoudre sur le territoire français. Nous sommes le 4 novembre 1898 : Marchand et ses hommes déchantent et gardent en travers de la gorge cette place toute chaude cédée presque de bonne grâce « à l’ennemi Anglais ».

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Photo extraite de l'album de la Mission Marchand

Crédits : Collection privée P. Vallery-Masson/T. d'Athis (photos), scannée et éditée par l'ECPAD et les Editions LBM

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Photo extraite de l'album de la Mission Marchand

Crédits : Collection privée P. Vallery-Masson/T. d'Athis (photos), scannée et éditée par l'ECPAD et les Editions LBM

Qui l’eût cru ?

Le chemin du retour sera presque aussi tumultueux que l’aller : des milliers de kilomètres, une chaleur écrasante puis un froid glacial sur les hauteurs d’Addis-Abeda (la capitale éthiopienne culmine tout de même à près de 2 500 mètres d’altitude), des épidémies. Peu de pertes sont à déplorer mais les hommes de Marchand en ont plein les bottes lorsqu’ils débarquent à Toulon. Sans vraiment savoir à quelle sauce ils vont être mangés, ils rejoignent très vite Paris. Et là, une surprise de taille les attend.

 

À peine arrivés à la capitale, Marchand et ses hommes sont accueillis comme des héros. Acclamés par une foule parisienne finalement soulagée d’avoir évité un nouvel affront semblable à celui de Trafalgar, les militaires défilent triomphalement dans Paris puis à Longchamps le 14 juillet 1899. Un événement incongru dont les opérateurs Lumière ont gardé trace :

Le commandant Marchand au Cercle militaire à Paris, Frères Lumière (1899)

Au Bois de Vincennes, un monument entretient aujourd’hui le souvenir de cette drôle d’expédition. Le 8 avril 1904, Français et Anglais signent « l’Entente cordiale », accord destiné à apaiser les tensions coloniales entre les deux voisins.

 

Trente-cinq ans plus tard, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, dans le but de renouer de bons rapports avec l’ami Anglais, Marcel L’Herbier tourne un film inspiré de ces évènements : alors que l’Allemagne hitlérienne se faisait de plus en plus menaçante, il n’était en effet pas superflu de rappeler cet épisode au cours duquel un peu de bon sens aura permis d’éviter bien des maux.

L'Entente cordiale, Marcel L'Herbier (1939)