Fermer
Fermer
Fleche vers le bas
Musée d'Orsay, Paris Crédits : Andrew Miller Voir plus

Reportage

Orsay

un musée dans une gare

Patrimoine et monuments
Commune Exposition Universelle Histoire Musée d'Orsay Rétro Transformations
  • Partager
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Twitter
  • Commenter

Par : Forum des images

En cet automne 2016, le Musée d’Orsay fête les trente ans de son inauguration.

 

Connu dans le monde entier pour la richesse de sa collection d’art impressionniste, le musée d’Orsay fait aussi la part belle à toutes les formes d’expression artistique, de la peinture à l’architecture, de la sculpture à la photographie, en passant par les arts décoratifs. Les chefs-d’oeuvre ne s’y comptent plus et avec plus de 3 millions de visiteurs par an, Orsay est l’un des musées parmi les plus prisés de la capitale.

orsay-10

Crédits : Chris Yunker

Outre ses collections, on y admire son architecture pour le moins originale : son immense horloge figure ainsi sur une multitude de photos souvenirs et autres selfies. À travers les baies vitrées ou sur les balcons, Paris n’a tout d’un coup plus d’âge, tandis qu’à chaque étage gravi, la ville nous appartient un peu plus.

 

Aller au Musée d’Orsay, c’est se sentir pendant un moment maître de Paris en s’offrant un voyage dans le temps, voire hors du temps. Voyage… vous avez dit voyage ? Ça alors, ça tombe bien !

La gare est superbe et a l'air d'un Palais des Beaux-Arts

Edouard Detaille en 1900

À architecture originale, histoire peu banale : l’histoire du Musée d’Orsay et de son bâtiment ne date pas d’hier et s’avère riche en rebondissements. Les mutations ont été nombreuses et et confèrent aujourd’hui aux lieux une aura toute particulière.

Pour la comprendre, il faut notamment remonter au XIXe siècle, époque à laquelle l’emplacement du futur musée était alors occupé par deux constructions déjà fort imposantes : la caserne de cavalerie et le Palais d’Orsay. Édifié entre 1810 et 1838 par Jean-Charles Bonnard, puis par Jacques Lacornée, ledit palais porte le nom de Charles Boucher d’Orsay (conseiller au Parlement de Paris au début des années 1700) à qui l’on doit d’avoir entrepris la construction du quai voisin qui porte également son nom.

palais-orsay

Le Palais d'Orsay

D’abord destiné au Ministère des Affaires Étrangères ou à la Cour des Comptes avant d’être finalement affecté au Conseil d’État, le bâtiment est, comme le quartier tout entier, incendié pendant les événements de la Commune. Pendant près de trente ans, la ruine restera en l’état, omniprésent souvenir d’une douloureuse période de l’histoire de la capitale.

palais-orsay-incendie

Le Palais d'Orsay incendié pendant la Commune

Via Paris 1900 l'art nouveau

ruines-palais-orsay-1871

Ruines du Palais d'Orsay (1871)

Via jeanpaulachard.com

Et puis arrive le XXe siècle, une nouvelle ère s’ouvre. À la veille de l’Exposition Universelle de 1900, la Compagnie de Chemins de Fer Paris-Orléans rachète le terrain ; on demande alors à l’architecte Victor Laloux d’y imaginer une gare, à cela près qu’elle devra respecter l’harmonie de ce quartier prestigieux. Face au Louvre et au jardin des Tuileries, il s’agissait de faire dans l’élégance, voyez-vous !

Pierres de taille, structure métallique, monte-charges et ascenseurs : c’est la modernité qui s’impose lors de l’inauguration le 14 juillet 1900. Hôtel, restaurant, salle des fêtes, tout y est pour accueillir les voyageurs qui, chargés de leurs bagages, fouleront les quais des seize voies que compte cette nouvelle gare parisienne.

Exposition universelle de paris.

Gare d'Orsay au début du XXème siècle

Crédits : Domaine public

Point de départ vers le sud-ouest du pays, la gare d’Orsay jouit, pendant près de quarante ans, d’une belle fréquentation. Mais l’électrification progressive des lignes et l’allongement des trains sonnent, à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, l’heure de la fin. Les trains ne partent plus qu’à destination des villes de banlieue et ne s’aventurent désormais guère plus loin dans le pays. L’ensemble des infrastructures auparavant destinées aux grands voyageurs perdent donc de leur intérêt.

Mais alors que la guerre éclate, la gare d’Orsay, pourtant sur sa fin, se voit octroyer un moment de répit. Temporairement établie comme un point stratégique, elle devient le lieu d’où sont expédiés les colis à destination des prisonniers. À la Libération, ces mêmes prisonniers, rapatriés des camps, y sont accueillis avec une émotion vive par leurs proches avant d’être pris en charge par des équipes médicales.

Gare d'Orsay, rapatriement des prisonniers de guerre (National Archives Washington, 1945)

Des images rares, sélectionnées par le Forum des images aux Archives Nationales de Washington, témoignent de ces jours historiques :

Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ?

Général De Gaulle

Le 19 mai 1958, alors que la politique française traverse une grave crise (la dissidence de l’Algérie par rapport au gouvernement), le Général de Gaulle convoque la presse au Palais d’Orsay et se dit “prêt à assumer les pouvoirs de la République”.

 

Un signal on ne peut plus clair : élu Président du Conseil des Ministres en juin puis Président de la République, le Général De Gaulle pose alors à Orsay les premières bases de la Ve République.

Général de Gaulle - Conférence de presse du 19 mai 1958

Tantôt menacée de démolition, tantôt de remplacement par un quelconque établissement de luxe, l’ancienne gare connaît par la suite des heures d’incertitude. Mais face au potentiel des lieux, quelques personnalités bien placées font de la résistance et décident de ne pas lâcher si facilement l’affaire.

Ainsi, dès 1973, on considère avec un intérêt certain la possibilité de reconvertir l’ancienne gare en musée destiné à rassembler les arts – tous les arts – de la seconde moitié du XIXe siècle. C’est finalement Valéry Giscard d’Estaing qui prend les premières initiatives en soumettant au conseil interministériel cette idée – saugrenue ? – de musée. Acte est pris à l’automne 1977.

Le projet a été historiquement mis sur les rails, si j’ose employer cette expression, du temps de M. Giscard d’Estaing, président de la République. Lorsqu’il a été question d’une loi programme sur les musées de France, Emmanuel de Margerie, l’équipe du Louvre, les ministres et secrétaires d’État successifs ont porté l’affaire, et l’établissement public a été créé en 1978. Mais vous voyez combien il y a eu de multitudes de paternités.

Jacques Rigaud, en 1986

Preuve que la culture n’essuie pas toujours les plâtres des dissensions politiques, François Mitterrand, peu après son élection en 1981, reprend avec entrain le projet. De 1983 à 1986, le bâtiment fait peau neuve. À ce moment, un grand soin est apporté pour souligner et mettre en valeur l’architecture d’origine. Le 1er décembre 1986, quelques jours seulement avant l’ouverture au grand public, le Président inaugure ce nouveau temple parisien.

Inauguration du Musée d’Orsay, le 1er décembre 1986, IT1 20H. Source : Ina

En octobre 2011 était inauguré ce que beaucoup ont alors appelé un “nouvel Orsay”. Guy Cogeval, Président de l’Établissement public du Musée d’Orsay et du Musée de l’Orangerie, entendait remettre la politique de la maison dans le droit chemin en revenant aux fondamentaux : faire dialoguer toutes les œuvres entre elles et les mettre en perspective avec d’autres disciplines.

Dans ce contexte, le Pavillon Amont fait l’objet de quelques transformations. Histoire que le musée d’Orsay soit toujours prêt à accueillir des projets plus monumentaux ou plus transversaux encore que ceux déjà proposés par le passé.